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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 13:55

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La traduction du kajo 20 achevée, je tombe sur ce passionnant article partagé par l'ami Kiaz sur Facebook. Il porte sur les étapes de l'apprentissage selon Bateson, représentant de ce qui fut appelé l'école de Palo Alto. 

 

Il est plaisant de constater qu'il est bel et bien possible ici de tendre un pont entre l'est et l'ouest, loin des lieux communs sur l'irréductible différence des enseignements orientaux et occidentaux. On ne peut que recommander chaudement la lecture de l'article dans lequel se trouve une petite pépite: la légende du chat merveilleux.

 

Elle nous est transmise par l'école d'escrime Itto, une des deux écoles impériales avec la Yagyu Shingan ryu, deux des influences majeures du Daito ryu et donc, avec d'autres, de l'Aïkido.

 

Sans doute est-elle connue de certains, d'autres la découvriront, on prendra j'espère plaisir à la (re)lire, à y trouver matière à réflexion et la mettre en regard de ce qui ce lit communément dans le buzz ambiant.

 

Avec un peu de lucidité, on y trouvera une claire description de ses propres méthodes et croyances mais aussi une réflexion utile sur do et jutsu, corps et esprit, buts et moyens, Laurel et Hardy, etc.

 

Inutile de dire que O sensei est pour moi le plus proche du dernier chat de la liste...

 

 
 

 

L'Art du Chat Merveilleux

 

La maison d'un samouraï avait été investie par un rat d'une particulière agressivité. Pour s'en débarrasser, le guerrier s'était fait prêter les services de plusieurs chats du voisinage, réputés pour leurs qualités de chasseurs, mais aucun n'avait su vaincre ce terrible rat. Après avoir essayé lui-même vainement d'en venir à bout – non sans dégâts considérables pour le fragile mobilier japonais – il avait entendu vanter les qualités exceptionnelles du chat d'un village éloigné. Il le fit venir.

 

Il s'agissait d'une chatte d'un certain âge à l'air placide. Lorsqu'il la mit en présence de ce rat qui s'était montré si féroce avec les autres chats, celui-ci eut un soubresaut et se tint coi. La chatte avança tranquillement jusqu'à lui, le prit dans sa gueule à la manière d'un chaton et le porta à l'extérieur. Il disparu son demander son reste.

 

Plus tard, les chats vaincus s'empressèrent autour de la maîtresse chatte et, un à un, lui demandèrent conseil.

 

Un chat noir s'approcha et vanta la valeur de sa lignée de chasseurs puis décrivit l'entraînement martial, acrobatique et athlétique auquel il s'était soumis depuis sa plus tendre enfance pour acquérir un art auquel nul rat, ni aucune loutre ou belette, n'avait su résister avant ce jour. La chatte lui répondit qu'il ne s'agissait là que de techniques, certes utiles et contenant la plus haute sagesse, mais qu'il convenait de ne pas pratiquer trop exclusivement si l'on désirait accéder à autre chose qu'à de la simple habileté, et éviter ce que ces techniques contenaient également de faux et potentiellement néfaste.

 

Un gros chat tigré s'approcha alors et parla des qualités d'esprit qu'il s'efforçait de mettre en œuvre dans sa pratique. Son énergie mentale était maintenant dure comme l'acier et libre comme l'air. Qu'un rat se présente et au moindre bruit son esprit se projetait vers lui pour l'envelopper et le fasciner. Il ne se souciait plus alors de techniques et laissait son corps faire ce qui devait être fait selon la situation. Aucun rat n'avait jamais résisté à cela. La vieille chatte lui opposa aussitôt qu'il ne s'agissait là que de force psychique et ne méritait pas que l'on s'y attarde. Le seul fait d'être conscient du pouvoir mis en œuvre pour vaincre, suffisait à agir contre la victoire. Il ne s'agissait que de la lutte d'un moi contre un autre moi, mais qu'arriverait-il si le moi de l'adversaire était le plus fort ? On finit toujours par trouver une personnalité plus forte que la sienne et alors on connaît la défaite. Mais comment se comporter face à un ennemi qui agit sans volonté ? La puissance que l'on ressent n'est que le reflet de la Vraie Puissance (ki- no-sho). Un ennemi même peu valeureux mais acculé à la mort peut se dépasser lui-même et devenir libre de vaincre ou mourir. Comment le défaire avec une force spirituelle que l'on s'attribue soi-même ?

 

Un chat gris s'inclina et dit qu'en vérité il avait compris cela. La puissance psychique si forte soit-elle, a toujours une forme et tout ce qui a une forme peut être saisi, donc défait. Ainsi, depuis longtemps, il s'entraînait à la « puissance du cœur » (kokorô). Il n'exerçait nulle puissance psychique ni physique mais se « conciliait » celui qui lui faisait face, ne faisait qu'un avec lui et ne s'y opposait en aucune façon. Le rat qui voulait attaquer, aussi fort soit-il ne trouvait rien où attaquer, rien d'où s'élancer. Mais celui-ci n'avait pas joué le jeu. Il était arrivé et avait disparu, insaisissable. La vieille chatte lui répondit que la conciliation dont il faisait état ne procédait pas de l'Etre, de la Grande Nature. Cette conciliation voulue, artificielle, n'était qu'une astuce. Que l'intention demeure et tout ce qui est entrepris ainsi entrave le surgissement de la source secrète et le cours de son mouvement spontané. D'où viendrait alors l'efficacité miraculeuse ?

 

Elle continua : « C'est uniquement en ne pensant à rien, en ne voulant rien, mais en s'abandonnant dans le mouvement à la vibration de l'Etre, que l'on a pas de forme saisissable. Rien sur terre ne peut surgir comme antiforme. Et il n'y a ainsi plus d'ennemi qui puisse résister. ».

 

Puis, elle ajouta qu'ils ne devaient pas croire que son expertise constituait ce qu'il y avait de plus élevé. Elle connaissait un matou d'un village voisin qui dormait à longueur de journées. Personne ne l'avait jamais vu attraper aucun rat et pourtant partout où il se couchait et restait étendu comme un morceau de bois, tout rat disparaissait. Un jour elle lui avait rendu visite pour lui demander de lui expliquer ce fait mais elle n'avait reçu aucune réponse. Après maintes réitérations de sa question et une absence non moins obstinée de réponse, elle avait fini par comprendre. Le matou ne mettait aucune mauvaise volonté à répondre mais , de toute évidence, ne savait quoi lui dire. Il avait oublié lui-même et avait du même coup oublié toute chose autour de lui. En devenant « rien » il avait atteint le plus haut degré de non-intentionnalité et trouvé la Vraie Voie des chevaliers : vaincre sans tuer. 

 

 

 "Je suis le vide" O sensei (citation d'A.Noquet).

 

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