Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 02:21


 


 


  J'ai longtemps hésité à publier ce post, ne voulant pas prendre la pose de je sais tout mais il y a des limites. Quelques épisodes récents me poussent à le publier quand même et tant pis: la video d'un "expert", le contact avec des pratiquants qui ignoraient le premier mot de ce qui va suivre, une sorte d'acceptation sans critiquede formes convenues toujours plus absurdes le temps passant.

Par ailleurs je précise bien que ce qui suit est strictement personnel et ne reflète pas nécessairement le point de vue d'ITAF dans la mesure où je sais que ce sera publié sur Planet
ITAF.

Pardon par avance à ceux qui sont déjà conscients de ce qui suit, s'il vous plaît laissez un message si vous trouvez ça flou ou imprécis.

...
 


Quand il s'agit d'accomplir un mouvement, il n'y a pas grande différence entre l'aïkido et d'autres activités physiques comme certains sports ou faire les foins: on trouvera sur Youtube quantité de points communs avec des activités en apparence éloignées, les bûcherons, les lanceurs de javelot, etc. C'est très sérieux. Clin d'oeil pour la position de pieds.

Javelin


Le corps humain étant ce qu'il est, qui pourrait en être surpris? Qui disait que l'Aikido s'apprend avec les os?

Il est recommandé ici d'utiliser son cerveau quand on se souvient de la façon de le brancher, O Sensei lui-même nous dit de procéder ainsi:
D'abord, vous devez connecter Shinku-no-ki * et Ku-no-ki * (Le ki qui est rempli dans l'univers) avec le * Saga (l'esprit
subconscient) et "Goh * (comportement).
Deuxièmement, gardez à l'esprit le concept premier et continuer à cultiver votre esprit d'une manière scientifique.

C'est véritablement limpide ;-). Sagawa sensei dit exactement la même chose pour la deuxième partie.


***

Traçons un parallèle entre ikkyo et, presque au hasard, le tennis. La comparaison n'est pas destinée à prouver quelque chose, elle sert d'illustration, pas de comparaison - laquelle n'est pas raison comme chacun sait.

 

 


 
Roger Federer (mais ça pourrait être n'importe quel joueur ayant gagné 16 Grands Chelems...), frappe la balle (c'est du tennis) avec un mouvement très simple. Il commence avec un tenkan de 45/60º sur place et pivote à nouveau 45/60º pour finir à peu près face à la direction du court où il veut envoyer la balle.Il ne frappe pas la balle d'avant en arrière mais de façon lattérale.

Il existe sur Youtube beaucoup de video au ralenti. Dont celle-ci, à l'entraînement donc à deux de tension, mais au moins on peut voir les pieds. C'est comme en Aiki, on regarde les mains mais tout se passe plus bas. Même que Sagawa sensei est encore d'accord, donc museau.

Parfois il n'a presque pas besoin de déplacer les pieds (étant souvent déjà placé et étant Federer...), Cela dit, la rotation de la hanche est toujours présente, même minime (étant Federer...). Le mouvement commence avec les hanches. La première phase prépare la libération de l'énergie de la deuxième phase, logique.

Dans une certaine mesure, Federer utilise sa raquette comme un sabre, c'est à dire qu'il la garde connectée avec son tanden (tout de suite ça sonne mieux que "ventre" ou "abdomen"), avec un petit décalage du à la prise d'impulsion mais sans déconnexion, sinon sa balle ferait comme la mienne et arroserait le court d'à côté.

A aucun moment il n'utilise sa force dans un mouvement avant / arrière et pour une raison très simple: ça ne viendrait à l'idée de personne...

Pas plus que de tenir une perceuse sur le côté du corps quand on attaque du béton de qualité (Sagittaire: aujourd'hui tenez votre jo sur le côté, Bricobidulle vous l'affirme). Ce qui parait évident en bricolage devient discutable en Aikido, ça me dépasse.

Il déploie sa force en aller-retour devant son ventre et de façon très lattérale; de l'essuie-glace en somme. Ikkyo obéit au même principe.


D'abord on va regarder O sensei, il est un peu démodé par rapport à nos guerriers contemporains mais bon, on salue pas encore Grobidon sensei au début du cours. Evidemment on dirait de l'archéologie. Mais c'est devenu ça l'aiki justement, de l'archéologie. Merci Stan Pranin, merci.

 



Droite, gauche. 90 degrés. Pas vers la jambe arrière.

Or. La plupart du temps, troppo souvent en tout cas, ikkyo est réalisé de cette façon.
(Pas besoin d'exemple visuel tant il est facile de reconnaître cette façon de faire, fédérale, mon général mais je vais en mettre un ou deux pour bien voir les méchants blèmes).

Kata (Te) - dori (et donc aussi yokomen, morote, etc).

La façon qui suit ne tient pas compte des axes naturels de force d'un corps comme expliqué ici ou encore ici et que l'on peut résumer avec le schéma suivant:

 

AXIS
- Tirer uke a pour effet de mettre le poids d'uke sur son pied avant: stable.
- Pousser le bras signifie le repousser vers la jambe arrière: stable.


Cela nécessite le plus souvent un uke complaisant sinon le mouvement est tout simplement impossible.
La plupart des pratiquants un rien honnêtes reconnaîtront ici la difficulté qu'ils éprouvent quand ils essaient de soulever / pousser le bras d'uke. Cela vient du fait qu'ils n'utilisent pas l'axe de faiblesse avant / arrière d'uke - mais l'axe jambe avant - jambe arrière (en position hanmi réglementaire).

Dans le détail.

1. Tori attire uke en reculant la jambe si possible en sortant de la ligne d'attaque... (souvent, tori oublie ce détail et à partir de nidan ils se vexent à cause du bourre-pif, méfiance avec la diplomatie du tatami).

Variante: entrer avec un pas en avant et/ou pivoter légèrement (tenkan comme on dit).

Problèmes:
- Uke ne devrait pas venir et / ou se plier en avant si son / sa posture était correcte et ferme sur le sol puisque tori le
consolide sur sa jambe avant.
- Si quelqu'un attrape un poignet, cela signifie souvent que la prise sera active en situation réelle (logiquement l'étape suivante est un atemi, ou un deuxième adversaire, même que les saisies c'est pas que pour apprendre les "bases", tout le problème des boxes c'est d'avoir une cible mouvante, saisir un bras ou une épaule permet
de "fixer" l'adversaire et de savoir au toucher où il se trouve, pim).
- Si uke tire, le résultat sera nul: les deux corps resteront où ils sont. Pratique :o))
- Si Uke pousse vers le haut (pour "geler" tori en montant son coude jusqu'à, par exemple, utiliser une sorte de yonkyo), le mouvement devient encore plus complexe.
- Tirer uke est contradictoire avec la notion même de irimi. Ca amène uke plus près de soi (enfin ça essaie), lui offrant un caviar pour son atemi (genou, seconde main) ou une crasse genre morote nage pour ceux qui aiment le BJJ, voire une bonne séquence de grand n'importe quoi: je nous amène au sol en vrac et je vais te faire ta fête.  


A la fin des fins ça donne ça: boum. Atémi au foie, le truc que les boxeurs redoutent comme la peste, et on imagine même pas avec un tourne-vis.

boum
 

Dans le même temps: atemi (uraken, faisons exotique) au visage pour éviter d'être frappé. Coupe sur le bras d'uke avec la main de l'atemi (gauche), afin de l'amener vers le bas et préparer la remontée.

Problèmes:
- Tori peut être frappé, malgré son atemi (après tout uke peut attraper avec la même intention au départ, auquel cas les bourre-pifs se croisent). Au passage, il peut aussi se faire mal si c'est fait de cette façon: bobo les doigts, six mois sans piano.


aieaieaiebobo

Je parle d'expérience: je me suis cassé deux doigts un samedi soir sur la tête d'un Marcel, le bon vieux classique de la fracture du boxeur un peu bourré, c'est dur une tête de Marcel...
 
- Uke n'a aucune raison de se pencher en avant si sa posture est forte dans la mesure où l'action s'exerce à la verticale de ou même sur l'appui de sa jambe avant... - surtout après la confusion des deux possibles atemis croisés...
 
2. Avec une action plus ou moins initiée à partir des hanches, Tori pousse le bras d'uke vers l'arrière pour appliquer
ikkyo. Ho hisse.
  hohisse

Cela signifie repousser uke sur son pied arrière qui est fortement et solidement ancré au sol - ou qui le devrait s'il n'est pas
suicidaire. Si jamais la première phase a réussi, ce qui est vraiment douteux dans le contexte de la panique liée à un vrai combat, voilà que la deuxième phase remet uke sur ses appuis...

Ce mouvement est absurde et inefficace de A à Z. (A l'oral bien ménager ses effets en détachant les syllabes).

...

Donc on se reprend une tournée.
 



   

Application sur Katate dori à partir de hanmi droite:

Ce mouvement ne demande presque pas de force et marche sur tout le monde. Il peut être résumé comme suit (les mots nous ont amené sur la
Lune, nous expliquent pourquoi on veut faire l'amour à sa maman, je continue de leur faire confiance - et en plus il y a interro de Kotatama demain).
 
1. Un pas sur la droite de la ligne d'attaque (en tant que première étape, pédagogique, mais qui peut être raccourcie en forme de pivot d'une manière simple et plus rapide à partir de hito e mi) + atemi circulaire avec le tranchant de la main - tekatana en vrai - serrée en poing (ce qui permet de frapper précis et sec sans se blesser et de pouvoir jouer du piano le lendemain...). BOUM.

 

Il y a un truc en plus qui aide bien à cet instant et qui a un peu disparu, c'est un kiai.

Garder le bras sous contrôle, laisser mijoter un pouïa de seconde.

Le mouvement circulaire amène uke sur ses talons plutôt que son pied avant, créant ainsi le déséquilibre arrière nécessaire pour le reste du mouvement. (Si uke tombe en arrière, affaire suivante).


La main de l'atemi vient dans le sens du mouvement se poser sur la main gauche (la main de la saisie) d'uke pour s'en emparer et même simplement la recouvrir puisque le retournement se fera essentiellement grâce à la montée du sabre.
 
2. Tori re-pivote sur la gauche en armant le sabre devant lui.

Grâce au pivot / armé et en gardant les mains devant son centre, celles-ci retournent la main d'uke (alors que retourner une main c'est toujours compliqué, vous vous rappelez le mec avec des mains d'ours au stage de Machin sensei ?) tandis que que la main droite se positionne naturellement sous le coude dans la montée (même remarque sur l'ours). Ceci est rendu encore plus facile par la réaction naturelle d'uke qui tente (ou devrait tenter) de récupérer son équilibre vers
l'avant.

Le déséquilibre puis l'immobilisation s'effectuent dans l'axe de déséquilibre avant d'uke, et non vers sa jambe
arrière. Droite puis gauche. Rapide, simple, logique, sur place. Tout commence et se termine par la rotation de l'axe, pas avec des trucs d'illusionniste.


Slide1

 

Pas la peine de convoquer les mystères du grand Kiki universel. Commençons par travailler de façon logique...

C'est purement et simplement ce que Federer fait: il tourne son corps une fois et deux fois depuis les pieds jusqu'à la raquette, les bras étant une conséquence du double 'tenkan".

 
Résumons.

1. Une forme dangereuse qui exige beaucoup de force sans garantie de succès car elle tente d'utiliser l'axe naturel de force et de stabilité d'uke. Et qui nous rend ridicule dans les stages de Natasha Shihan, t'as pas encore compris le flot du ki? Olotre, le nul.
2. La seconde forme, simple, sûre, rapide et qui fonctionne sur n'importe qui car elle utilise l'axe naturel de faiblesse d'uke.

Choisissez la vôtre.

On peut argumenter (on n'est pas sur un forum alors rippe de mon herbe) que le tennis et le budo sont deux compétences différentes qui visent des objectifs différents, etc, blabla.
Non, sans blague?

Cela dit, ils utilisent le même corps de la même manière. Si quelqu'un peut battre Federer avec une autre manière différente de faire un
coup droit avec l'utilisation du corps, qu'il essaie. Bon courage.

Mieux vaut ce domaine doit partir d'une technique irréprochable. En ce domaine, nous avons tous du travail.

Citations


Federer. Ce qu'accomplit Djokovic est incroyable. (A moins que ce ne soit son médecin, chut...)
Nadal: Federer donne l'impression d'avoir un corps fait pour le tennis.






 

Par Léon - Publié dans : Technique
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